Composantes du droit à la ville

Le droit à la ville conçoit les villes et les établissements humains comme des biens communs qui devraient être partagés afin de bénéficier à l’ensemble des membres de la communauté. Ce principe se cristallise dans un certain nombre de composantes, listées ci-dessous, qui doivent ensuite être transposées en politiques et en actions concrètes, afin que le droit à la ville soit pleinement mis en œuvre:

1 Une ville/établissement humain exempt de discrimination fondée sur le genre, l’âge, l’état de santé, le revenu, la nationalité, l’appartenance ethnique, le statut migratoire ou encore l’orientation politique, religieuse ou sexuelle. Une ville/établissement humain inclusif vis-à-vis des diversités et des minorités ethnique, raciale, sexuelle et culturelle, et qui respecte, protège et promeuve sans discrimination l’ensemble des traditions, mémoires, identités, langues et expressions artistiques et culturelles de ses habitants.

2. Une ville/établissement humain qui garantisse l’égalité de genre, et qui adopte les mesures nécessaires pour combattre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et des filles ; une ville/établissement humain qui prenne toutes les mesures appropriées pour assurer le plein épanouissement des femmes et des filles et leur garantir une vie sans violence, ainsi que l’égalité dans l’exercice et la réalisation de leurs droits humains.

3. Une ville/établissement humain fondé sur une citoyenneté inclusive, dans laquelle tous les habitants (qu’ils soient permanents ou temporaires) sont considérés comme des citoyens et sont traités sur un pied d’égalité (notamment les femmes, les personnes vivant dans la pauvreté ou en situation de risque environnemental, les travailleurs de l’économie informelle, les groupes ethniques et religieux, les personnes LGBT, les personnes handicapées, les enfants, les jeunes, les personnes âgées, les migrants, les réfugiés, les habitants des rues, les victimes de violence, et les peuples indigènes).

4. Une ville/établissement humain avec une plus forte participation politique au niveau de la définition, de la mise en œuvre, du suivi et de la budgétisation des politiques urbaines et d’aménagement du territoire, afin de renforcer la transparence, l’efficacité et l’inclusion de l’ensemble de ses habitants et organisations. Pour ce faire, le droit à la ville implique pour les différentes sphères de gouvernement mais aussi pour les citoyens, une responsabilité accrue en terme d’exercice, de revendications, de défense et de promotion d’une gouvernance équitable, ainsi que de la fonction sociale des établissements humains, dans le cadre d’un habitat protégé par les droits humains.

5. Une ville/établissement humain remplissant ses fonctions sociales, c’est-à-dire assurant à tous, et en particulier aux femmes, aux populations marginalisées et aux personnes aux besoins spécifiques, un accès équitable et abordable au logement, aux biens, aux services et aux opportunités offertes par la vie urbaine; une ville/ établissement humain qui considère avant tout l’intérêt public et social défini collectivement, garantissant une gestion juste et équitable des espaces urbains et ruraux, et qui reconnaisse et soutienne la production sociale de l’habitat.

6. Une ville/établissement humain doté de services et d’espaces publics de qualité, qui renforcent les interactions sociales et la participation politique, encouragent les manifestations socioculturelles, favorisent la diversité et la cohésion sociale; une ville/établissement humain où les espaces et services publics contribuent à rendre les villes plus sûres (surtout pour les femmes et les filles) et à répondre aux besoins des habitants (surtout ceux qui ont trait à leurs moyens de subsistance).

7. Une ville/établissement humain avec des économies diversifiées et inclusives, pour préserver et garantir l’accès de tous les habitants à une source de revenues sûre et à un travail décent, et qui laissent de la place pour le développement d’autres économies (l’économie sociale et solidaire, l’économie du partage) ; une ville/établissement humain qui reconnaisse et valorise le travail domestique et communautaire, réalisé essentiellement par les femmes, et garantisse l’épanouissement des femmes et des filles.

8. Une ville/établissement urbain durable et inclusif, où les interactions entre les zones rurales et urbaines bénéficient aux populations les plus pauvres, tant dans les zones rurales qu’urbaines, et assurent la souveraineté alimentaire; une ville/établissement urbain protecteur de la biodiversité, des habitats naturels et des écosystèmes environnants.